Le concept du Café Signes

Une ambition associative

Depuis 1954, l’association Entraide Universitaire s’attache à l’accueil et à l’accompagnement des enfants, des adolescents et des adultes en situation de handicap. Elle a acquis en particulier une compétence importante dans le domaine de la surdité .

L’Entraide Universitaire s’emploie à rendre son statut de citoyen à part entière à chaque personne qu’elle accueille.

Le Café Signes, lieu de rencontres et d’apprentissage de l’autre, est une mise en acte de la tolérance. C’est un lieu d’intégration réciproque, un lieu d’ouverture, de partage et d’enrichissement mutuel : un beau départ pour une aventure humaine révolutionnaire.

Une création de l'ESAT “Jean Moulin”

Ouvert depuis le 7 avril 1986, l'ESAT (ex. CAT ou Centre d’Aide par le Travail) et la communication Jean Moulin joue un rôle précurseur à Paris en accueillant une population sourde avec troubles associés.

A l'ESAT Jean Moulin, nous sommes des artisans de la relation, et nous oeuvrons discrètement et inlassablement pour relier, écouter, comprendre afin d’aider chaque personne dans sa souffrance et sa difficulté de vivre.

Le “café-restaurant” rêvé par nous est là pour donner l’envie de déguster “un petit café” ou un repas entre amis, échanger, rire, communiquer, accueillir, lire les journaux, parler des “choses de la vie”. Il est un lien privilégié avec la population d’un quartier, une ouverture sur la ville où se rencontrent toutes les différences.

Inauguration en 2003 : la presse en parlait

The Sunday Time

Le 29.06.2003 par Matthew CAMPBELL (traduction F.Daude)
Les touristes à Paris se plaignent souvent de la difficulté d’attirer l’attention des serveurs, mais au Café Signes, il est inutile d’élever la voix. Tous les serveurs sont sourds.
Leur nouveau lieu sur la rive gauche a été salué comme une percée dans l’aide apportée aux sourds.
Il ressemble à n’importe quel autre café. Pourtant c’est un monde à part loin du remue-ménage des bistrots parisiens : les commandes sont transmises au chef par des gesticulations silencieuses et sur les tables de la terrasse sous l’auvent lie de vin ,des petits livrets décrivent les signes à utiliser pour commander les consommations.

Se “débrouiller” en langue des Signes

Appeler le serveur ? C'est facile... vous pouvez :

  • Agiter la main et faire “hou-hou” dans la direction de la personne sourde,
  • Lui tapoter le bras pour attirer son attention,
  • Taper du pied (vibrations),
  • Avoir recours au relais : dîtes au voisin d’appeler son voisin jusqu’à la personne sourde (veillez à ce que la chaîne ne se casse pas ni que ce soit trop compliqué !),
  • Lancer un petit objet (inoffensif !),
  • Utiliser le signal lumineux à proximité de la table.

« L’inauguration c’était vraiment quelque chose ! » Dit Martine Lejeau Perry ; « Il y avait 1500 personnes pour la cérémonie avec le Maire ». L’ouverture a coïncidé avec les promesses gouvernementales d’une nouvelle législation pour améliorer les installations pour handicapés. A Paris il est rare de voir des édifices avec accès pour fauteuils roulants. « Nous avons un long chemin à parcourir » dit Martine Lejeau Perry. (Extraits)

Le Monde

Le 25.06.2003 par Sandrine Blanchard
Unique en son genre, le projet a mis cinq ans à aboutir. "En face du CAT, il y avait un vieux café qui fermait ses portes. Ce fut le déclic. Un jour, nous nous sommes dit que ce serait sympa de le reprendre. C'est parti comme cela, c'était une idée un peu bizarroïde", se souvient Frédéric Merlet, moniteur d'atelier du CAT, qui supervise désormais l'équipe des employés sourds.
Il a fallu convaincre la direction de l'action sanitaire et sociale (DASS), trouver le financement (Conseil régional d'Ile-de-France, Communautés européennes, Ville de Paris) et les sponsors qui ont fourni les stores, les tables, les chaises...
"C'est avant tout un lieu d'insertion pour les personnes handicapées et un lieu de rencontre entre sourds et entendants", insiste Martine Lejeau-Perry, directrice du CAT. Une cinquantaine de couverts à midi, des clients réguliers pour le bar en matinée et l'après-midi, le Café Signes commence à trouver sa vitesse de croisière, accueillant aussi bien des habitants du quartier, des employés de bureau des alentours ou des personnes sourdes qui disposent enfin d'un lieu de rencontre ouvert sur la ville. "Nous ne voulions pas que ce soit un lieu communautaire", précise Daniel Séguret, directeur du développement de l'association Entraide universitaire.
Ici, on ne dit pas "chaud devant". Valérie, Antonio, Mohamed, Bruce, Layin et les autres ont tous un bipeur dans leur poche. Une vibration signifie "le plat est prêt", deux "urgent, ça va refroidir". Aux fourneaux, un cuisinier qui a appris le langage des signes encadre les employés du CAT.
Certains clients ont appris quelques rudiments du langage des signes et tous ont le sentiment d'être dans un café comme les autres. Pour appeler le serveur, ils peuvent agiter la main, lui tapoter le bras ou encore utiliser le signal lumineux installé à proximité des tables. Le slogan de ce café est simple : "Communiquer ne se limite pas seulement à la parole." (Extraits)